Moins d’une heure après leur arrivée, nous étions à la minuscule plage privée de la pension. Mattéo nous distança pour se jeter à l’eau alors que Jules ne lâchait toujours pas son portable.

— Allez, Jules… déconnecte !

— Je ne peux pas, je suis avec Alice.

— Alice ?

— Ma copine.

Jules avait une copine ? Première nouvelle.

— Depuis quand ?

— Trois mois.

— Wow, classe.

Il leva enfin les yeux de son téléphone.

— Et toi ?

— Quoi ?

— Un petit copain ?

— Non.

Il me regarda, étonné.

— Un souci ?

— Non, non, rien.

— Et Mattéo ?

— Si Mattéo a une copine ?

Je hochai juste la tête.

— Il en a plein, mais rien de sérieux. Il est insupportable.

— Et Enzo ?

J’eus l’impression de rougir alors que ma peau mate me protégeait d’habitude de cette gêne.

— Pas que je sache.

J’accélérai mes pas pour ne pas qu’il me voie sourire à cet aveu.

— Allez, Sam ! Magne !

Mattéo me faisait de grands signes. Je me dépêchai d’enlever mon débardeur et mon short et je le rejoignis.

— Tu foutais quoi ?

— Je parlais avec ton frère de la fameuse Alice.

— Et alors ? C’était intéressant ? Non, pas besoin de me répondre. Sa relation avec Alice est aussi passionnante qu’un article sur les avantages du point de croix.

— Je t’entends !

Jules arriva à son tour.

— Je sais.

Je mourais d’envie de leur demander où était Enzo quand je sentis qu’on m’attrapa le pied. Ce traître de Mattéo était sous l’eau et essayait de me faire boire la tasse.

— Lâche-moi !

Je me débattis, mais il avait trop de force. Je riais en même temps que je coulais et avalais de l’eau. Quand je remontai à la surface, je toussai comme la première fois où j’avais essayé de fumer, ce qui fit se marrer Jules et Mattéo.

— Alors, Sam, elle est bonne ?

— Vous allez le payer !

Je nageai pour les rattraper, mais ils étaient rapides. Puis finalement, je riais tellement que j’avais du mal à prendre de la vitesse. Je ne sais pas combien de temps on resta à s’éclabousser, se pousser, faire la course jusqu’à la bouée, mais je me sentais bien, comme si ma vie avait repris normalement le cours de son chemin.

Je l’aperçus dès qu’on revint sur la plage. Il était assis sur le sable, les jambes repliées, à nous regarder en fumant une cigarette. D’habitude, je n’aimais pas particulièrement les gens qui fumaient. Mais lui, c’était différent, la cigarette était un prolongement de sa main. Son geste en devenait presque sensuel.

— Tu ne te baignes pas ?

Je me demandai depuis quand il était là, à nous observer.

—  Pas tout de suite.

— Tu devrais y aller, ça fait du bien, conseilla Jules en vérifiant son téléphone.

— Il n’est pas un peu petit ce maillot, SamSam ?

Il me balança cette question avec un petit sourire en coin qui me perturba. Je ne savais pas si c’était parce que sa remarque était déplacée ou parce qu’elle était la preuve qu’il m’avait détaillée.

— Va te faire foutre, Enzo, ça te va comme réponse ?

Il tira sur sa cigarette une dernière fois avant de l’écraser dans sa canette de Coca.

— Parfaitement, conclut-il avant de se lever pour aller se baigner.

— Laisse tomber, Sam ! Il a décidé d’être casse-couille. Il ne voulait même pas venir cette année.

Il.

Ne.

Voulait.

Pas.

Venir.

Cette.

Année.

Je haïs aussitôt les mots que venait de prononcer Mattéo… Je les haïssais de toutes mes forces.

— Pourquoi ?

— Il dit qu’il est trop grand pour ce genre de vacances. Depuis qu’il a son permis, il se la raconte grave. Encore plus qu’avant.

Et la pension ?

Et moi ?

— Mais c’est ce qu’on fait depuis… depuis toujours !

— Je sais. Jamais je ne m’en passerai, me sourit Mattéo en me prenant par l’épaule.

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